
Wegovy, Mounjaro :
Ils pourraient être disponibles sous forme de comprimés
Longtemps réservés aux injections hebdomadaires, les puissants médicaments antiobésité comme Wegovy ou Mounjaro pourraient bientôt exister sous forme de comprimés, ouvrant la voie à une prise plus simple.
Wegovy, Mounjaro et les autres traitements anti‑obésité de nouvelle génération, aujourd’hui injectables, pourraient bientôt être disponibles sous forme de comprimés. Cela ouvrirait la voie à une utilisation plus simple et potentiellement plus large de ces médicaments. Plusieurs essais cliniques sur des versions orales d’analogues du GLP‑1, comme le sémaglutide en comprimés, montrent déjà des pertes de poids significatives proches de celles observées avec les injections. Ils restent toutefois soumis aux mêmes enjeux de sécurité, de coût et d’indications médicales strictes.
Pourquoi passer de l’injection au comprimé ?
Les agonistes du GLP‑1 (sémaglutide, tirzépatide, etc.) ont profondément changé la prise en charge du diabète de type 2 puis de l’obésité. Leur forme injectable hebdomadaire reste un frein pour certaines personnes, en raison de la peur des aiguilles, des contraintes de conservation au froid ou des douleurs au point d’injection. La mise au point de comprimés permettrait de lever ces barrières, de simplifier la logistique (pas de stylo, pas de chaîne du froid) et de rendre ces traitements plus acceptables au quotidien pour de nombreux patients.
Sur le plan de la santé publique, une formulation orale pourrait aussi faciliter l’accès dans des contextes où la formation à l’auto‑injection ou les dispositifs de stockage réfrigéré sont limités. On peut constater cela en médecine de ville ou dans certains pays à ressources contraintes. Mais cette accessibilité accrue pose d’emblée la question du risque de banalisation et de surconsommation hors cadre médical.
Semaglutide oral : des résultats déjà très encourageants
Le sémaglutide existe déjà sous forme orale à faible dose pour le diabète. Des essais testent désormais des doses plus élevées spécifiquement pour la perte de poids chez des adultes en surpoids ou obèses sans diabète. Une étude contrôlée a ainsi montré qu’une prise quotidienne de 25 à 50 mg de sémaglutide oral permettait une perte de poids moyenne d’environ 10 à plus de 13 % sur un peu plus d’un an. Il s'agit d'un niveau proche de celui observé avec la version injectable à 2,4 mg hebdomadaires.
Comme pour les injections, la prise du comprimé doit être associée à un régime hypocalorique et à une activité physique régulière pour obtenir ces résultats. Les effets secondaires sont globalement similaires, notamment digestifs (nausées, vomissements, diarrhée, constipation). Les experts soulignent néanmoins que le recul reste plus limité que pour l’injectable, avec des inconnues sur la sécurité à très long terme, l’observance quotidienne et la durabilité de la perte de poids après l’arrêt du traitement.
Vers des comprimés de type Mounjaro et de nouvelles molécules
Du côté de Mounjaro (tirzépatide), plusieurs programmes cliniques évaluent déjà son efficacité dans l’obésité et le diabète. Si les premières formes disponibles sont injectables, les laboratoires travaillent aussi sur des versions orales ou sur d’autres molécules de la même famille, comme l’orforglipron, un autre agoniste du GLP‑1 uniquement développé directement en comprimé.
Un essai de phase avancée sur l’orforglipron a montré, après environ 72 semaines de traitement, des réductions de poids et de glycémie nettement supérieures à celles du placebo, avec un profil de tolérance globalement comparable aux autres agonistes GLP‑1. Ces résultats renforcent l’idée qu’une « génération de pilules anti‑obésité » pourrait coexister, voire à terme concurrencer, les stylos injectables, en particulier pour les personnes réticentes aux injections mais prêtes à prendre un comprimé quotidien.
Avantages attendus… et nouveaux risques à encadrer
Les formes orales présentent plusieurs avantages potentiels pour les patients : plus de discrétion, moins de gestes techniques, pas d’aiguille, et une intégration plus simple dans la routine (un comprimé le matin, par exemple). Pour les professionnels de santé, elles pourraient faciliter l’initiation du traitement en médecine générale. Elles permettraient également de réduire certains coûts logistiques (matériel d’injection, stockage), à condition que les prix restent comparables ou acceptables pour les systèmes de santé.
En contrepartie, la facilité de prise pourrait accentuer les dérives déjà observées avec les injectables : demandes pour quelques kilos « en trop », achats en ligne illégaux, prescriptions hors indication et tensions d’approvisionnement au détriment des patients réellement éligibles. Les agences rappellent d’ailleurs que ces traitements ne doivent pas être utilisés pour la perte de poids à des fins purement esthétiques et exigent un diagnostic d’obésité ou de surpoids avec comorbidités, dans le cadre d’un suivi médical régulier.
Un futur où la pilule ne remplacera pas la prévention
Si les comprimés de type Wegovy ou Mounjaro tiennent leurs promesses, ils pourraient ouvrir une nouvelle étape dans la gestion chronique de l’obésité, en combinant efficacité pharmacologique, simplicité d’usage et acceptabilité accrue pour les patients. Mais ils ne remplaceront ni la prévention (politique alimentaire, lutte contre la sédentarité, environnement obésogène), ni l’accompagnement psychologique et comportemental, ni, pour certaines obésités sévères, la chirurgie bariatrique.
L’enjeu sera donc de faire de ces futures pilules un outil de plus dans un arsenal global contre l’obésité, plutôt qu’une solution miracle isolée. Cela passera par un encadrement strict des indications, une régulation des prix, une information claire des patients et une réflexion éthique sur l’accès équitable à ces traitements, alors même que l’obésité touche plus fortement les populations les plus vulnérables.
20 décembre 2025
