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Obésité :

pourquoi la feuille de route 2026-2030 dévoilée par le ministère de la santé ne répond pas à tous les espoirs

Très attendu, le texte marque des avancées notables notamment sur la prévention et la formation. Des angles morts persistent néanmoins.


La nouvelle feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obésité en France suscite à la fois soulagement et frustrations. Attendue depuis le rapport Laville de 2023, elle marque une avancée réelle, avec des mesures concrètes pour améliorer le repérage, la prévention et la prise en charge médicale de cette maladie chronique.


Mais malgré ce pas en avant, le texte reste en deçà des ambitions affichées par de nombreux spécialistes, qui espéraient un plan plus global, mieux financé et porté au plus haut niveau de l’État. Associations de patients, médecins et acteurs de terrain pointent ainsi des angles morts, des renoncements symboliques et l’absence de certains leviers pourtant jugés indispensables pour infléchir durablement la progression de l’obésité dans le pays.


Un texte très attendu face à une épidémie


En France, environ 18% des adultes sont en situation d’obésité et près de 20% des enfants sont en surpoids ou obèses, des chiffres en hausse qui justifiaient un plan ambitieux. Le rapport Laville proposait déjà une série de mesures concrètes pour mieux prévenir et prendre en charge l’obésité, restées en suspens sur le bureau du ministère de la Santé. Associations, sociétés savantes et professionnels réclamaient un plan à la hauteur d’une « épidémie mondiale », avec une vision de long terme et un engagement politique fort.


Parmi les demandes les plus fortes figuraient la reconnaissance de l’obésité comme « Grande cause nationale 2026 », un plan interministériel sur dix ans, ainsi que des mesures structurantes sur l’environnement alimentaire, du Nutri-Score obligatoire à la régulation du marketing alimentaire. La feuille de route présentée par le ministère ne coche pas toutes ces cases, même si elle reprend une partie importante des recommandations initiales.


Des avancées concrètes sur la prise en charge


Le volet prise en charge constitue l’un des points forts du texte. Le maillage des Centres spécialisés de l’obésité est renforcé, avec désormais 42 structures couvrant notamment la Corse et la Guyane, pour orienter les cas complexes vers des équipes expertes, notamment dans les régions très touchées. Un « Parcours coordonné renforcé » doit être déployé dès 2026, intégrant prise en charge médicale, psychologique, diététique et activité physique adaptée.


La formation des professionnels de santé est également renforcée, avec davantage de postes en endocrino-diabéto-nutrition, des modules obésité dans d’autres spécialités et une évolution de la formation des diététiciens. L’hyperphagie boulimique, longtemps sous-estimée, est mieux reconnue comme composante psychiatrique à part entière. Le plan prévoit enfin un meilleur repérage de l’obésité via la PMI, l’école, les examens de santé et la médecine du travail, ainsi qu’un effort sur les données épidémiologiques, même sans budget dédié à la recherche.


Symboles manquants et angles morts


Les déceptions se concentrent sur plusieurs points clés. D’abord, l’obésité ne sera pas la « Grande cause nationale 2026 » et il ne s’agit pas d’un plan décennal piloté au plus haut niveau de l’État, mais d’un dispositif limité au ministère de la Santé, sans budget pluriannuel chiffré. Le remboursement des diététiciens libéraux, pourtant considérés comme un maillon essentiel d’une prise en charge précoce, n’est pas prévu, même si le parcours coordonné inclura des forfaits pour la diététique et le suivi psychologique.


Autre sujet sensible : les nouveaux médicaments anti-obésité de type GLP-1, dont le remboursement n’est pas encore tranché, les négociations étant toujours en cours. La ministre de la Santé se dit favorable à un remboursement prioritaire pour les patients les plus sévères, avec l’espoir d’un élargissement futur, mais beaucoup de patients risquent d’être déçus. S’ajoute l’absence de mesures fiscales ou réglementaires fortes (taxe nutritionnelle, restrictions publicitaires pour les enfants, Nutri-Score obligatoire), renvoyées au futur Programme national nutrition santé 5 et à la Stratégie nationale alimentation, nutrition, climat, déjà critiquée pour ses reculs sous la pression des lobbies.


Pour les associations, cette feuille de route représente donc une étape utile mais incomplète. Il faudra, selon elles, un véritable plan interministériel sur dix ans et des décisions plus courageuses sur l’environnement alimentaire pour espérer infléchir durablement la courbe de l’obésité en France.

19 mars 2026

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